Installé durablement en France depuis le début des années 2000, le frelon asiatique représente aujourd'hui un véritable défi pour la filière apicole. En se positionnant devant les ruches, il capture les abeilles et perturbe considérablement leur activité. Une pression qui peut avoir des conséquences importantes sur la survie des colonies, notamment à l'approche de l'hiver.

Sur le terrain, Gaël Cialva, apiculteur sur l'exploitation du lycée agricole de Toulouse-Auzeville, témoigne de cette situation préoccupante. Avec 250 colonies, dont 180 en production, il observe une dégradation progressive des conditions d'exploitation.

« On arrive des fois à des taux de mortalité qui peuvent dépasser 40-50 % de notre cheptel. »

Malgré les dispositifs de piégeage et les déplacements de ruches, les professionnels peinent à trouver une réponse véritablement efficace.

Alexandre Giora imagine un bouclier technologique pour les abeilles

C'est de cette difficulté qu'est née l'idée de God Save the Bee.

Apiculteur depuis une quinzaine d'années et ingénieur du vivant, Alexandre Giora a lui-même été confronté à la disparition progressive de ses colonies. Après avoir essayé différentes méthodes de piégeage, il fait un constat : capturer les frelons ne suffit pas nécessairement à protéger les abeilles.

« J'attrape des centaines, des milliers de frelons, mais mes colonies continuent à décliner. Donc le problème, n'est pas dans le fait de capturer les frelons, ni dans le fait de les éliminer, il est ailleurs. »

En clair, au-delà des abeilles directement capturées, c'est la présence permanente du prédateur devant la ruche qui perturbe toute la colonie. Stressées, les abeilles hésitent à sortir pour butiner. Leur alimentation diminue, la ponte peut ralentir, et la colonie s'affaiblit progressivement. L'objectif d'Alexandre est donc différent : plutôt que de chercher uniquement à éliminer le frelon asiatique, il veut permettre aux abeilles de poursuivre leur activité malgré sa présence.

God Save the Bee : comment fonctionne ce dispositif intelligent ?

Le prototype repose sur deux éléments complémentaires : une structure de protection électrique installée devant la ruche et un boîtier électronique embarquant plusieurs capteurs. Le principe ? Détecter le frelon asiatique avant qu'il ne puisse atteindre les abeilles.

Un capteur sonore analyse la fréquence du vol de l'insecte, qui possède une signature particulière. Une caméra vient ensuite confirmer visuellement qu'il s'agit bien d'un frelon asiatique. Lorsque l'identification est confirmée, le système déclenche un courant électrique au niveau de la structure de protection.

« Le boîtier électronique embarque deux capteurs. Un capteur son qui vient isoler la fréquence du vol du frelon qui a une signature sonore particulière. La caméra s'allume pour confirmer qu'on a bien affaire à un frelon asiatique. Donc c'est une double vérification », explique Alexandre Giora.

Autre particularité : le dispositif est pensé pour fonctionner de manière autonome. Alimenté par une pile et un panneau solaire, il n'a pas besoin d'une connexion internet permanente ni d'un raccordement au réseau électrique. Un point essentiel pour les apiculteurs qui installent leurs ruchers dans des secteurs isolés ou en altitude.

Une innovation qui repose sur la collaboration

Pour passer de l'idée au prototype, Alexandre Giora s'est entouré de différents partenaires et professionnels du terrain. Gaël Cialva apporte son expérience et permet de confronter le dispositif aux réalités de l'exploitation. Gregory Jonard, chef de projet au lycée agricole de Toulouse-Auzeville, accompagne cette démarche à la croisée de l'agriculture et des technologies numériques.

Son travail consiste notamment à explorer des solutions technologiques adaptées aux besoins des exploitations agricoles, avec une attention particulière portée à leur efficacité et à leur coût.

« L'idée, en fait, c'est d'arriver à trouver des solutions le plus efficaces possible avec un coût soutenable pour les structures d'exploitation », explique-t-il.

Cette collaboration permet de tester l'invention dans des conditions réelles et de confronter les choix techniques aux besoins des apiculteurs.

Le projet doit encore poursuivre son développement, notamment pour aboutir à un modèle économique viable et permettre, à terme, son déploiement auprès des apiculteurs. 

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