Lorsque Éric Manaud a ouvert ses ruches à la fin de l’été pour en récolter le miel, il ne s’attendait certainement pas à tomber sur une telle curiosité. Apiculteur à Montesquieu-Avantès depuis une dizaine d’années, l’Ariégeois a d’abord cru à une mauvaise plaisanterie, lorsqu’il s’est rendu compte que dans trois de ses ruches, le précieux nectar avait pris une étonnante couleur verte.

Une découverte inédite pour cet apiculteur qui, aujourd’hui encore, n’a aucune explication à ce phénomène.
« On n’a pas de fleur qui donne un miel vert en France »
« Au moment de la récolte, on récupère les hausses, c’est à dire les étages supérieurs des ruches où les abeilles stockent le miel, explique t’il. Un ou deux jours avant, on installe des chasse-abeilles, un dispositif qui leur permet de redescendre dans la ruche sans pouvoir remonter. Cela facilite la récolte, car il y a alors beaucoup moins d’abeilles dans les hausses. Et en les soulevant, j’ai vu que sur deux ou trois ruches, j’avais du miel vert. Donc oui, j ai été très surpris. Pas forcément agréablement, parce que bon, on se pose de drôle de questions », raconte l’apiculteur, chez qui l’étonnement laissera rapidement place aux interrogations.
D’où vient cette couleur ? Qu’ont donc bien pu butiner ses abeilles ? Éric Manaud se plonge alors dans ses recherches, sans parvenir à trouver d’explications convaincantes.

« J’ai tout de même regardé sur internet. Il existe bien un miel vert, d’ailleurs très recherché, mais c’est à La Réunion. Il est issu du butinage des fleurs de tan rouge. En France métropolitaine, on en n’a pas et on n’a pas de fleurs connues pour donner naturellement un miel vert », explique-t-il.
Faute de piste, les premières hypothèses de l’apiculteur sont plutôt vagues « Je me suis demandé si les abeilles n’avaient pas butiné le fond d’une cuve de sirop de menthe. J’ai même pensé à quelqu’un de mal intentionné ». L’homme finira par goûter le miel récolté, en prenant soin de l’isoler.
Au total, Éric Manaud estime avoir récolté une cinquantaine de kilos de ce miel : « Je l’ai gouté et il n’avait pas spécialement le gout de menthe. Bien évidemment, je ne l’ai pas mélangé avec les autres miels. Je ne veux pas le commercialiser. J’ai toutefois appelé Pascal Georges, le président du GDSA 09, le groupement de défense sanitaire au niveau apicole sur l’Ariège. C’est une association à laquelle je suis adhérent, et qui est porteuse de bons conseils ».
Habitué à apporter conseils et éclairages sur les questions sanitaires apicoles, celui-ci se montrera tout aussi perplexe. Du miel vert, il n’en a jamais rencontré.

Un précédant en France avec du miel bleu
« Il m’a toutefois raconté l’histoire d’un apiculteur qui avait découvert du miel bleu. Après enquête, il s’est avéré qu’une fabrique de bonbons se trouvait à proximité et que des cuves de nettoyage avaient été laissées à l’air libre, probablement avec des résidus de colorants. Les abeilles avaient dû aller butiner là-bas. Mais chez moi, il n’y a rien d’industriel. Les abeilles concernées butinent autour de Montesquieu-Avantès, un secteur où il n’y a même pas de cultures céréalières. Je ne vois donc vraiment pas d’où cela peut venir… Je pourrais faire analyser le miel, mais comme je ne compte pas le commercialiser, je verrai si je prends le temps de le faire », explique Éric Manaud.
De son côté, Babé Lafage, gérante de Babé Apiculture à Foix, a elle aussi pu découvrir ce nectar couleur jade, dont Éric Manaud lui a confié un pot.

« On peut imaginer plein de choses. Pourquoi pas quelqu’un qui se serait débarrassé de colorants alimentaires ? Les abeilles sont attirées par le sucre. C’est vraiment étonnant, la couleur est magnifique… Une personne sur deux à qui je le montre veut le goûter. Mais beaucoup préfèrent quand même s’abstenir », sourit-elle.
En attendant, une question demeure : qu’ont donc bien pu trouver les abeilles de Montesquieu-Avantès ? Pour Éric Manaud, cette récolte restera en tout cas une première. Et si la couleur a de quoi attirer l’œil, le mystère du miel vert, lui, reste entier.





