Le 27 septembre, les grands électeurs ariégeois choisiront leur prochain sénateur. François Lafon, maire de Lercoul et universitaire à la retraite, est candidat pour La France insoumise (LFI).

Spécialiste de l'histoire du socialisme français, il fait de son parcours d'historien un point d'appui pour analyser la vie politique locale. 

« Quand je suis arrivé en Ariège, j'ai découvert que précisément ce que je pensais être un errement historique était aussi une pratique politique avec un parti dominant, le Parti socialiste », relate l'élu, qui dénonce notamment ce qu'il décrit comme « une forme de caporalisation des élus ».

Un  système qui « est en train de s'effondrer, comme l'ont montré les dernières élections municipales, laissant place à un véritable danger d'extrême droite désormais en Ariège »,  souligne le candidat, et d'ajouter « Un mandat ne s'hérite pas, il se mérite, il se gagne, on doit convaincre ».

« Redonner du pouvoir au maire »

Mais c'est surtout son expérience de maire d'une petite commune de montagne qui porte sa candidature.

« Je connais la difficulté par rapport à la baisse de moyens. J'ai rencontré beaucoup d'élus dans cette campagne, ils m'ont tous dit avec beaucoup de dignité, beaucoup de courage... et en des mots très forts, leur colère, notamment parce qu'ils ont de moins en moins de moyens. Nous avons de moins en moins de moyens », explique-t-il. 

Et selon l’élu, l’organisation intercommunale contribue à cette situation. 

« Compte tenu du seuil démographique en Ariège, les territoires sont immenses, parfois incohérents. Les communes se voient dessaisies au profit des intercommunalités, qui perçoivent notamment la taxe professionnelle unique. Je trouve dommage qu’elles ne fassent pas davantage de coopération intercommunale et privilégient plutôt des projets structurants pour tel ou tel aspect de leur territoire. » 

Pour François Lafon, il faut donc « redonner du pouvoir au maire, parce que c’est le lieu de la démocratie directe ». 

C'est-à-dire que si l'expression de socialisme ariégeois est devenue pour moi un oxymore, c'est-à-dire de valeurs absolument incompatibles, le pouvoir du maire, démocratie directe, c'est un pléonasme, vous comprenez ?

"Remettre l'organisation territoriale au coeur du débat de la république" 

Pour le candidat, les règles nationales ne prennent donc pas suffisamment en compte les spécificités des territoires. 

« Décider depuis Paris sur la base d’un seuil démographique de 15 000 habitants fait qu’en Ariège, on a affaire à des territoires immenses, estime-t-il. Plus de 90 communes dans la communauté des communes, du Couseran. Ici, dans la Haute-Ariège, trois territoires, le Donezan derrière le col de Pailhères, fermé pendant plusieurs mois par an quand même, et qui est plus proche de tous les services hospitaliers, scolaires, etc...»

Les obligations légales de débroussaillement constituent, pour François Lafon, un exemple concret des difficultés auxquelles se heurtent les petites communes.

« Je suis aujourd'hui, dans l'incapacité d'appliquer les lois sur les obligations légales de débroussaillement, alors que l’été que nous avons vécu montre que le risque incendie est majeur et qu’il faut pouvoir le traiter efficacement. Ce n’est pas seulement une colère personnelle : beaucoup de mes collègues maires me disent eux aussi qu’ils sont dans l’impossibilité d’appliquer ces obligations. Le sénateur est d’abord un élu national, pas un super-conseiller départemental. Il doit remettre l’organisation territoriale au cœur du débat de la République. Si je suis élu, je porterai un premier projet de loi pour donner aux maires des petites communes les moyens et les pouvoirs nécessaires pour sécuriser leurs villages face au risque d’incendie. »

Martine Crespo, une suppléante ancrée dans le territoire

François Lafon et Martine Crespo
François Lafon et Martine Crespo - photo F Lafon

Pour oeuvrer à ses côtés, François Lafon présente Martine Crespo comme une personnalité fortement engagée dans la vie locale. Élue à Saint-Girons, elle a notamment créé et développé une entreprise connue pour ses croustades


« C’est une dame qui a eu beaucoup de courage dans sa vie puisqu’elle s’est faite toute seule en montant une entreprise, connue notamment pour ses croustades, qui s’est ensuite développée dans le département voisin. » 

Le candidat insiste également sur son parcours personnel, celui d'une « mère de famille isolée » qui, connaît les difficultés auxquelles peuvent être confrontés certains habitants. Il met surtout en avant ses combats pour « la défense du patrimoine naturel, la défense du vivant, la défense de l'eau, de la ressource en eau ».

Martine Crespo défend également les circuits courts et une plus grande autonomie alimentaire du territoire. Un profil que François Lafon considère comme complémentaire du sien : « C'est quelqu'un avec lequel je peux travailler main dans la main, il n'y a pas l'épaisseur [...] du moindre papier de cigarette entre nous. »