Un matin sur la placette de Bugarach avec les nécrophages
L’épisode 3 des Sentinelles des Pyrénées conduit l’auditeur au-dessus du village de Bugarach, dans l’Aude, sur la première placette d’équarrissage naturel du département, créée en 2000. C’est là que Paul Janin, chargé de mission à la LPO Occitanie, observe les grands rapaces nécrophages qui structurent les équilibres du territoire.
Le parcours de Paul, du forestier à l’ornithologue
Formé comme forestier et passé par l’ONF, Paul Janin revient à sa passion originelle : les oiseaux. Il décrit le lien sensoriel profond qui l’unit à l’ornithologie, notamment en forêt, où les chants révèlent un monde invisible. Les nécrophages l’attirent particulièrement pour leur puissance symbolique et leur rôle écologique.
Les nécrophages, c’est les plus grands, les plus beaux. Ils véhiculent énormément de choses, de bonnes comme de mauvaises

Une curée spectaculaire mais codifiée
Sur la placette, environ 25 vautours descendent en quelques minutes. La scène, impressionnante, reste toutefois maîtrisée : une mêlée démonstrative, sans blessure, où chacun cherche à prouver son besoin pour accéder à la ressource. Bagues et balises GPS permettent de suivre certains individus et d’alimenter le travail scientifique.
Ça ressemble à une grosse mêlée. Tout le monde se rentre dedans. Mais en fait, c’est du catch !

Il n’y a pas de département, il n’y a pas de secteur en France où les vautours s’attaquent à des jeunes, quels qu’ils soient, vivants. Les vautours, c’est ce qu’on appelle des cul-de-sac épidémiologiques, en raison de leur système digestif très efficace. Il n’y a aucune bactérie, aucun virus qui résiste au passage dans un vautour.
Un partenariat historique avec les éleveurs
La parole est donnée à Yves Rouleau, membre du conseil territorial de la LPO Occitanie et acteur clé du développement des placettes dans l’Aude. Il rappelle que la collaboration avec les éleveurs est à l’origine du dispositif actuel, devenu indispensable : gestion plus rapide des mortalités, bénéfices sanitaires, absence d’équarrissage motorisé et adhésion durable des agriculteurs.

Un groupe de vautours, c’est quand même beaucoup plus beau à regarder qu’un camion d’équarrissage qui part sur la route. Car la transformation d’un cadavre, c’est dix minutes. Il n’y a pas eu un gramme de pétrole de consommé ni de CO2 de produit.
Les défis persistants pour les grands rapaces
Malgré une colonie stable, vautours fauves, gypaètes barbus, percnoptères, plusieurs menaces demeurent : collisions avec les lignes électriques, infrastructures mal conçues, empoisonnements, et nécessité de maintenir un dialogue serein avec l’élevage. L’éducation du grand public reste également un enjeu central.
Le suivi scientifique : des sentinelles équipées
De retour au bureau, Paul consulte les trajectoires des vautours balisés. Certains effectuent des déplacements quotidiens entre Aude, Ariège et Pyrénées-Orientales, quand d’autres traversent jusque dans les Alpes ou l’Italie. Ces données alimentent la recherche, notamment via le CEFE de Montpellier, et s’intègrent dans des projets européens tels que Life GypAct.
S’émerveiller pour mieux protéger

Pour Paul Janin, comprendre est la première étape pour agir. Les visiteurs présents lors d’une curée repartent marqués par la puissance du spectacle. Dans les Corbières, les grands rapaces incarnent ce que la coopération entre science, terrain et traditions agricoles peut accomplir : une écologie vivante, efficace et profondément ancrée dans le territoire.





