« On peut très clairement dire qu’il n’y a plus de foin dans les trois quarts de l'Europe. »


En effet, le foin se fait rare, très rare. Dans l’Ariège comme dans une grande partie de la France et de l’Europe, les stocks sont au plus bas et les prix s’envolent. Une situation qui met les élevages sous forte tension. 

Pour Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège, le constat est sans appel : 


« On peut très clairement dire qu’il n’y a plus de foin. Le ministère a essayé, j’étais donc à la session du chef de l’agriculture France hier et avant hier, le ministère a essayé de faire appel aux autres pays Européens, et les trois quarts sont dans notre situation, Il n’y en a pas . Les seuls endroits ou on en trouve encore c’est en Bulgarie, et du maïs en Hollande qu’ils seraient prêts à nous amener mais à quel prix ?  La France dans son ensemble et l’Europe en grande partie sont en pénurie, et c’est une situation de manque absolument dramatique ». », souligne-t-il.

Élevages fragilisés :" Il y aura une décapitalisatoin chez les chevaux et chez les bovins aussi"

Cette pénurie touche directement les éleveurs, mais aussi les structures non agricole. Pour les animaux vivant en extérieur, les solutions sont particulièrement compliquées.


« Pour des animaux qui sont dehors, comme des chevaux, c’est vrai que la situation est très, très, très compliquée.» Et les conséquences pourraient être lourdes : « Il y aura une décapitalisation chez les chevaux, chez les bovins aussi.»


À cette difficulté s’ajoute celle de la trésorerie. Acheter du fourrage plus cher ou se tourner vers des aliments de substitution représente une dépense que certaines exploitations ne peuvent plus absorber, alerte Philippe Lacube.


« Les gens n’ont pas la trésorerie même pour trouver des solutions alternatives. Les exploitants n’ont pas forcément les moyens d’acheter du fourrage plus cher ou de mettre en place des solutions alternatives. C’est pourquoi, au-delà du plan gouvernemental, nous demandons le report des annuités en fin de prêt, voire la mise en place d’un prêt de trésorerie à 0 %, sur le modèle du PGE qui avait été accordé à d’autres secteurs économiques pendant le Covid. Aujourd’hui, ce qui manque dans les exploitations, c’est clairement de la trésorerie. »  


"La pénurie favorise aussi les arnaques"


Dans ce contexte de pénurie, trouver du foin devient donc une urgence pour les éleveurs et les structures qui détiennent des animaux. Une urgence qui peut aussi les exposer davantage aux escroqueries.

Une structure à la recherche de foin pour plusieurs dizaines de chevaux aurait ainsi versé plus de 1 000 euros à un vendeur dont l’identité avait été usurpée. Plusieurs victimes seraient concernées et des plaintes ont été déposées.


« C’est toujours dans les périodes de crise que se révèlent les plus grandes arnaques », déplore Philippe Lacube, qui appelle à « redoubler de prudence aujourd’hui quand on commande hors de notre zone ».

Mais cette pénurie pose une question plus pressante: celle de l’adaptation de l’agriculture à des épisodes de sécheresse et de chaleur qui se répètent.

Vers une adaptation durable des élevages ?

Pour le président de la chambre d'agriculture, les exploitations doivent désormais penser leurs stocks sur plusieurs années. « Il faudra qu’on ait une vision pluriannuelle, c’est-à-dire que dans nos stocks, il faudra qu’on ait la capacité à stocker les années qui sont un peu meilleures. »


Une évolution qui pourrait également passer par une diminution du nombre d’animaux par hectare. « Il va falloir certainement, si le réchauffement se poursuit, baisser les chargements, c’est-à-dire baisser le nombre d’animaux que nous avons à l’hectare. Je ne vois pas comment on peut y arriver autrement. »


D’autres cultures ou espèces fourragères pourraient être expérimentées, mais là encore, aucune solution miracle ne semble se dégager. « On va pas avoir le choix. Les miracles n’existent pas. Et donc, ça veut dire qu’on va avoir une adaptation à mener dans nos systèmes pour pouvoir avoir une certaine résilience par rapport à cette situation. »

« On est sur une année de rupture »

Pour le président de la chambre d’agriculture et éleveur, la crise actuelle dépasse largement la seule question du foin : « On est sur une année de rupture. »

Maraîchers, céréaliers, arboriculteurs, pisciculteurs ou éleveurs : selon lui, l'ensemble des filières est confronté aux conséquences d'une année particulièrement difficile. Et dans le Sud-Ouest, le phénomène serait accentué par plusieurs années successives de difficultés.


« Mes collègues des autres régions de France, on leur a dit hier et avant-hier dans notre session de Chambres d’agriculture France : “Vous vous rendez compte de ce que vous voyez ?” Nous, on y est dedans depuis quatre-cinq ans. Et on tirait la sonnette d’alarme. »


Dans ce contexte, la chambre d'agriculture de l'Ariège demande donc un soutien supplémentaire pour les exploitations agricoles, notamment sur le plan de la trésorerie. 

« On a besoin d’un coup de pouce supplémentaire de l’État. On a besoin de trésorerie sur nos exploitations. Sinon, il va y avoir des dégâts. »