Ils ont pris la route à 10 h 30 depuis la sous-préfecture de Pamiers ce lundi matin. À pied, direction Foix. Vingt kilomètres à parcourir pour porter la colère du monde agricole jusqu’aux portes de la préfecture. Plusieurs dizaines de paysans ont participé à cette mobilisation organisée par la Coordination rurale de l’Ariège (CR09), accompagnés de leurs engins agricoles. 

La colère paysanne a résonné dans les rues du département ce lundi 21 septembre

Une marche pour alerter sur la situation des exploitations ariégeoises, fragilisées par la sécheresse et les difficultés économiques. Au cœur des crispations, l’enveloppe de 668 748 euros attribuée à l’Ariège dans le cadre du plan CASI, et une problématique qui, selon Sébastien Durand, dépasse de très loin le montant annoncé.

Les agriculteurs de la CR09 ont marché de Pamiers à Foix pour dénoncer des aides CASI jugées insuffisantes, dans un département où les revenus agricoles sont parmi les plus faibles de France. PHOTO S. Leborne
« C’est un mélange de désespoir et de colère. En Ariège, où les agriculteurs ont déjà les revenus les plus faibles de France, on nous annonce seulement 668 000 euros, sur près d’un milliard pour l’ensemble du territoire ? C’est une de la provocation ». Autre source de colère, les modalités d’attribution : « Toutes les filières sont touchées, mais l’État choisit de n’aider que 10 % des exploitations en Ariège. Concrètement, sur 2 000 exploitations, seules 200 pourront bénéficier du CASI. Et les autres, on en fait quoi ? On nous met en concurrence, on nous divise entre filières, entre agriculteurs. Ça s’appelle diviser pour mieux régner. », dénonce Sébastien Durand.

« 55 000 exploitations de moins en France dans l’année »

L’Ariège a perdu 15 % de ses exploitations agricoles en dix ans. Une situation jugée de plus en plus préoccupante. Photo S.Leborne

Un désarroi qui s’exprime dans un département qui a perdu « 399 exploitations agricoles en dix ans, passant de 2 664 en 2010 à 2 265 en 2020, soit une baisse de 15 % ». Dans le même temps, le nombre d’emplois agricoles en équivalent temps plein a diminué de 8 %. 

Et pour Sébastien Durand, cette érosion est loin d’être terminée. Le responsable de la CR09 évoque une prévision de « 50 000 à 55 000 exploitations de moins en France dans l’année ». 

« On ne va pas crever sans rien dire », lance Sébastien Durand. « On dirait qu’on est en train de mettre en place un véritable plan social de l’agriculture, comme pour le textile il y a quelques années. On est en train de perdre notre agriculture. Et si l’agriculture va mal, c’est toute la ruralité qui va mal. Je le vois aussi en tant que maire d’une petite commune. J’ai alerté la MRF : si rien ne change, ce sera une catastrophe pour nos petites communes. ».

« On ne peut plus vivre avec de la perfusion d’aide »

Une inquiétude qui touche également le renouvellement des générations. Le syndicaliste évoque une baisse de 50 % des effectifs dans certaines formations agricoles au BPREA de Pamiers. Face à cette situation, la Coordination rurale demande un engagement plus large de l’État : moins de contraintes administratives et de production, un accompagnement sur les charges, notamment le GNR, mais aussi des investissements dans les infrastructures hydrauliques. 

« On ne peut plus vivre avec de la perfusion d’aide comme ça. Il nous faut retrouver de la production à juste prix. Il faut que l’État nous aide à reproduire. Sinon, on ne va plus s’en sortir. »

Après plus de deux heures d’entretien avec le préfet de l’Ariège, Hervé Brabant, les représentants de la CR09 sont ressortis sans avancée concrète à leurs yeux. Mais surtout, le préfet n’est pas venu à la rencontre des agriculteurs restés mobilisés devant la préfecture. 

Une absence vivement déplorée par Sébastien Durand : « On était là, pacifiquement, et il n’est même pas venu nous voir. C’est très, très moyen. Il faudra qu’on s’en souvienne. »