"Depuis quelques semaines, il y a le mouvement lycéen-étudiant qui a lieu en France. Le département de l’Aude a également connu ce mouvement. On a constaté qu’à l’échelle gouvernementale, le dialogue n’avait pas lieu", explique Yassin El Kdim, membre et porte-parole du collectif Nous Carcassonne.
Face à ce constat, le collectif a souhaité donner la parole aux jeunes sur les revendications nationales, mais aussi sur les difficultés propres au territoire audois. "On est un territoire rural qui connaît beaucoup de difficultés. Les jeunes avaient des choses à dire sur les enjeux de logement, de santé mentale, d’éducation, de bâti scolaire ou encore d’avenir professionnel", précise Yassin El Kdim.
Une place importante sur les conditions d'étude
Parmi les principaux enseignements de cette consultation, les conditions d’étude occupent une place importante. Les moyens des établissements et les réformes de l’éducation, notamment Parcoursup, sont cités par 67% des répondants. 72% jugent insatisfaisant le remplacement des enseignants absents, tandis que 68% estiment que le nombre d’élèves par classe est trop élevé.
Les emplois du temps et la charge de travail figurent également parmi les préoccupations récurrentes. Certains jeunes évoquent des journées pouvant s’étendre de 8 heures à 18 heures, un temps insuffisant pour déjeuner et des devoirs à réaliser le soir ou le week-end.
Le rapport pointe également les difficultés liées aux transports. Si 74% des jeunes interrogés utilisent le bus, le car ou le train, 60% citent des horaires inadaptés, notamment le soir et le week-end. Le manque de lieux où se retrouver sans avoir à consommer est aussi relevé par 68% des répondants.
L'avenir des jeunes...
L’un des chiffres les plus marquants de l’enquête concerne l’avenir des jeunes dans l’Aude : 84% des jeunes concernés pensent devoir quitter le département pour poursuivre leurs études. Parmi eux, 55% en sont certains. À la question de savoir ce qui pourrait leur donner envie de rester, 43% répondent : "Rien, je veux partir".
La grande problématique qui est ressortie du rapport, c’est comment garder et faire revenir les jeunes pour redynamiser le territoire. "Il y a un manque de formations, mais aussi l’insuffisance de possibilités culturelles, sportives et sociales, participent à ce sentiment de devoir partir. Il y a une vraie problématique de la jeunesse. Comment faire en sorte que le territoire, qui est vieillissant, puisse être de nouveau attractif pour ces jeunes-là ?", précise-t-il.
La santé mentale constitue un autre point d’alerte. Elle figure parmi les priorités de 58% des répondants. 32% déclarent se sentir souvent ou très mal actuellement, tandis que 45% jugent difficile l’accès à un psychologue ou à un psychiatre près de chez eux. Par ailleurs, 61% indiquent avoir subi ou été témoins de harcèlement, de discriminations ou de violences dans le cadre de leurs études.
Un sentiment massif de ne pas être entendu
L’enquête révèle enfin une défiance importante envers les institutions. Si 46% des jeunes se disent insatisfaits de leur établissement, ce chiffre atteint 69% pour la commune, 68% pour le Département et la Région, et 93% pour l’État et le gouvernement.
Le collectif entend désormais faire de ce rapport un outil de dialogue avec les élus après avoir rencontré des représentants de l’agglomération, dont Régis Banquet, président de Carcassonne Agglo et Hélène Sandragné, présidente du Département.
"Les deux élus ont été très à l’écoute, très ouverts à l’idée de nouvelles rencontres plus thématiques et ont pris le rapport très au sérieux."
Des discussions pourraient notamment être engagées autour des transports, avec la possibilité d’étudier des navettes plus tardives certains soirs, afin de faciliter l’accès des jeunes à la vie culturelle et sociale.
Pour le collectif, cette consultation n’est qu’une première étape. "L’objet du collectif, c’est vraiment de mettre la jeunesse au centre, de l’accompagner et de lui permettre de trouver sa place", affirme Yassin El Kdim. Nous Carcassonne souhaite poursuivre son travail par de nouvelles consultations, des événements et des actions d’information pour renforcer les liens entre les jeunes et les collectivités.
"On s’est rendu compte qu’il y avait un gros manque de communication sur certaines informations et dispositifs qui existent à l’agglomération ou au Département, mais dont les jeunes ne sont pas au courant", conclut-il.
Pour information, les résultats de l’enquête sont disponibles sur https://doleances-aude.fr/





