Il est dix heures lorsque Romain Pujol démarre csa journée avec une nouvelle mission : celle de retirer un nid de frelon. Un riverain de Pamiers l’a contacté en urgence : le nid est dissimulé sous un appentis, à seulement quelques mètres de la cuisine d'été. Avant de s'en approcher, Romain Pujol observe les lieux. Quelques frelons effectuent des allers-retours autour de leur colonie. Le spécialiste repère alors leur trajectoire, puis retourne à son véhicule.

En quelques instants, la combinaison intégrale remplace les vêtements du quotidien. Casque, visière, gants, chaussure fermées, rien n'est laissé au hasard. Il gonfle sa poudreuse, fixe une longue perche télescopique et s'avance lentement. Une pression suffit pour injecter la poudre insecticide au cœur du nid. Presque aussitôt, plusieurs frelons ressortent blanchis avant de s'effondrer au sol.

“Le nid, il ne faut pas s'étonner, on ne l'enlève pas. Il faut que tous les frelons partis en vadrouille rentrent à l'intérieur pour mourir. Au bout de 48 heures seulement, on enlève le nid” , explique-t-il.
Diffusion de l'insecticide avec la poudreuse et la perche télescopique.

L'été, la période où les colonies explosent

Si les interventions sont aussi nombreuses en cette saison, ce n'est pas un hasard.

Au printemps, seules les reines sorties d'hibernation commencent à bâtir un premier nid, souvent minuscule et difficile à repérer. Au fil des semaines, la colonie grandit. À partir de juillet et d'août, les nids atteignent parfois la taille d'un ballon de basket et peuvent abriter plusieurs milliers de frelons.

“Au départ, les nids sont petits, on a l'impression d'avoir des citrons. Plus on avance dans la saison, ils deviennent comme des ballons de foot ou de basket. C'est forcément beaucoup plus facile de les repérer”, décrit Romain Pujol.

En moyenne, un nid peut accueillir entre 2 000 et 5 000 individus, voire davantage à l'automne.

Une espèce invasive qui poursuit sa progression

Arrivé accidentellement en France au début des années 2000, le frelon asiatique s'est désormais implanté sur la quasi-totalité du territoire. Face à son expansion et à son impact sur les abeilles, l'État a lancé en 2026 un plan national de lutte afin de mieux coordonner la surveillance et la destruction des nids.

Selon signalNids un site web qui centralise les nids de frelons asiatiques, le nombre de nids déclarés continue d'augmenter passant de 15 000 nids recensés en 2019 à plus de 35 000 en 2024 en France. Cette progression inquiète particulièrement les apiculteurs, dont les ruches constituent l'une des principales proies du frelon.

“C'est un prédateur. Il s'attaque aux abeilles et les apiculteurs perdent de plus en plus de ruches d'année en année”, rappelle Romain Pujol.

Une méthode pensée pour éliminer toute la colonie

Contrairement aux idées reçues, le nid n'est jamais retiré immédiatement.

La poudre insecticide agit comme un neurotoxique mais conserve également une action dans le temps. Les frelons absents au moment du traitement reviennent alimenter la colonie, traversent la poudre et contaminent à leur tour les autres individus.

“Si on sortait le nid immédiatement, ces frelons repartiraient dans la nature”, explique le professionnel. Depuis 2012, Romain Pujol intervient sur les nids de guêpes et de frelons avant de diversifier son activité dans la dératisation et la désinsectisation.

Son principal ennemi reste la piqûre. Une visière mal positionnée ou un espace entre un gant et une manche peut suffire. Les longues perches métalliques imposent également une vigilance permanente à proximité des lignes électriques.

Avant chaque intervention, une reconnaissance complète des lieux est indispensable afin d'identifier les dangers potentiels.

Romain Pujol équipé avant de commencer l'opération


Le danger commence près du nid

Un frelon asiatique isolé ne cherche pas à attaquer l'homme. Le risque apparaît lorsqu'une personne pénètre dans la zone de défense de la colonie. Bruits, vibrations ou passages répétés à proximité du nid suffisent parfois à déclencher une attaque.

Lorsque le nid est installé près d'une terrasse ou d'une cuisine d'été, comme lors de cette intervention, la destruction devient rapidement indispensable pour sécuriser les habitants.

Pour Romain Pujol, les pièges installés en plein été sont souvent inefficaces. Une fois la colonie bien installée, ils capturent surtout d'autres insectes utiles sans freiner le développement du frelon asiatique.

Le bon moment pour piéger les reines se situe au printemps. Ensuite, la meilleure solution reste l'intervention d'un professionnel. Plusieurs communes ariégeoises participent désormais financièrement à ces destructions afin d'encourager les habitants à agir rapidement.

Au terme de l'intervention, le calme revient autour de la maison. Le nid, lui, reste en place. Pendant les prochaines quarante-huit heures, les derniers frelons poursuivront leurs allers-retours sans savoir que la colonie est condamnée.